Vous devez vous engager dans un processus de levée de fonds ? Pas de panique, le processus est relativement simple, surtout si vous êtes accompagné par un leveur de fonds qui saura vous guider et vous baliser le terrain. Néanmoins, si vous souhaitez y aller seul, voici les étapes à suivre, qui seront en fonction de la taille du deal et de son importance, plus ou moins respectées. En effet, les due diligences entre une startup en amorçage et une entreprise qui génère déjà quelques millions vont varier quelque peu.
Étape 1 : la décision stratégique (semaines 1-2)
Avant toute chose, la question à trancher : pourquoi lever des fonds, pourquoi maintenant, et sous quelle forme. Fonds propres ou dette ? Minoritaire ou majoritaire ? Capital-développement ou transmission ?
Ces choix conditionnent tout le reste : le type d'investisseurs ciblés, la valorisation attendue, la gouvernance post-levée. Les décider en cours de processus génère des incohérences qui se voient dans le dossier et fragilisent la crédibilité du dirigeant face aux investisseurs.
C'est aussi le moment de vérifier que les conditions de base sont réunies : comptes certifiés, actionnariat régulier, capacité du dirigeant à mobiliser 20 à 40 % de son temps pendant les 9 mois suivants.
Étape 2 : la sélection du leveur de fonds (semaines 2-6)
Le choix du leveur est une décision structurante. Un bon leveur apporte un réseau qualifié, une connaissance des conditions de marché, et une capacité à présenter le dossier dans les bons termes aux bons interlocuteurs. Un mauvais leveur gaspille 6 mois et laisse une trace dans le marché.
Rencontrez au minimum trois cabinets. Comparez leur track record sectoriel, l'équipe dédiée, la structure du mandat, et leur vision du dossier.
Le mandat est signé à la fin de cette étape. Il fixe la durée, la rémunération, l'exclusivité, la définition du succès et la tail clause.
Étape 3 : la préparation des documents (semaines 4-10)
C'est la phase la plus intensive pour le dirigeant et son équipe. Les documents à produire :
- Le mémorandum d'information : le document central de la levée. Il décrit l'entreprise, son marché, son modèle économique, ses performances historiques, son équipe, et son plan de développement. Il fait généralement entre 30 et 60 pages. Il sera lu par tous les investisseurs approchés après signature du NDA.
- Le business plan financier : projections sur 5 ans avec hypothèses documentées, compte de résultat, bilan, tableau de flux de trésorerie. Les hypothèses doivent être défendables et cohérentes avec l'historique.
- La présentation executive (pitch deck) : version synthétique de 15 à 20 slides pour les premiers contacts investisseurs.
- La data room : l'ensemble des documents juridiques, financiers, commerciaux et RH que les investisseurs examineront en due diligence.
Ces documents sont préparés conjointement avec le leveur de fonds. Ils sont révisés autant de fois que nécessaire avant d'être présentés aux investisseurs.
Étape 4 : le ciblage et l'approche investisseurs (semaines 8-14)
Le leveur construit une liste de cibles qualifiées : fonds, family offices, investisseurs industriels; filtrés sur leur thèse d'investissement, leur ticket habituel, leur secteur, leur horizon de sortie. Une liste de 20 à 40 investisseurs bien ciblés est plus efficace qu'une liste de 200 contacts indifférenciés.
L'approche se fait en plusieurs temps. Un teaser anonymisé est envoyé en premier contact. Les investisseurs intéressés signent un NDA et reçoivent le mémorandum complet. Ceux qui souhaitent aller plus loin sont invités au roadshow.
Cette phase prend entre 4 et 8 semaines selon la réactivité des investisseurs et la taille de la liste.
Étape 5 : le roadshow (semaines 12-20)
Le roadshow est la série de réunions entre le dirigeant et les investisseurs qualifiés. Chaque réunion dure entre 1h30 et 3h. Le dirigeant présente son entreprise, répond aux questions, évalue l'adéquation avec l'investisseur.
C'est la phase la plus chronophage. Un roadshow actif représente 2 à 5 réunions par semaine pendant 6 à 10 semaines. Le dirigeant doit continuer à gérer l'entreprise en parallèle. C'est un exercice d'équilibre qui nécessite que l'équipe soit solide.
À l'issue du roadshow, une sélection s'opère naturellement. Certains investisseurs se désistent, d'autres expriment un intérêt ferme. Le leveur orchestre ce processus pour maintenir une dynamique compétitive entre les candidats.
Étape 6 : lettres d'intention et due diligence (semaines 18-28)
Les investisseurs sérieux remettent une lettre d'intention (LOI) décrivant les grandes lignes de leur proposition : valorisation indicative, montant envisagé, type d'instrument, conditions suspensives, demande d'exclusivité pour la due diligence.
Le dirigeant sélectionne en général 1 à 2 LOI pour entrer en due diligence. L'exclusivité accordée à l'investisseur retenu dure en général 4 à 8 semaines.
La due diligence est l'audit complet du dossier par les conseils de l'investisseur : due diligence financière (cabinet d'audit), juridique (avocat M&A), commerciale (parfois un cabinet de conseil stratégique). Chaque point soulevé génère des questions auxquelles le dirigeant et ses conseils doivent répondre rapidement.
C'est la phase où les problèmes cachés remontent. Un dossier bien préparé en amont passe la due diligence sans surprise majeure. Un dossier avec des fragilités non anticipées voit la valorisation baisser ou le closing échouer.
Étape 7 : négociation finale et closing (semaines 26-36)
La term sheet finale est négociée sur la base des résultats de la due diligence. Si des points négatifs ont émergé, l'investisseur peut demander des ajustements de prix, des garanties supplémentaires, ou des clauses de protection renforcées.
L'avocat M&A du dirigeant rédige et négocie le pacte d'actionnaires et les statuts modifiés. C'est un travail technique qui prend entre 3 et 6 semaines selon la complexité de l'opération.
Le closing est la signature simultanée de tous les documents et le versement des fonds. C'est la fin du processus et le début de la relation avec le nouvel actionnaire.
Ce qui allonge les délais
Les data rooms incomplètes obligent à des allers-retours qui retardent la due diligence de plusieurs semaines. Les désaccords sur la valorisation en fin de processus, quand changer d'investisseur n'est plus possible, affaiblissent la position du dirigeant. Les problèmes juridiques découverts en due diligence — actionnariat irrégulier, litiges non provisionnés — bloquent parfois le closing pendant des mois.
La règle est simple : tout ce qui peut être anticipé doit l'être avant de lancer le processus.
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